Michel GODET et Jean-Jacques PAYAN ont fait paraître dans le journal "LE MONDE" un article remarquable à ce propos mais d'une telle densité qu'il est très difficile à résumer, je n'en reprendrai donc que quelques grandes lignes :
- En 1950, il n'y avait que 5 % d'une génération qui accédait au Baccalauréat contre 80 % actuellement. Les 95% restant pouvaient progresser dans la vie en fonction de leurs performances réelles et prouvées sur le terrain, et par la formation continuée.
- Le nombre élevé d'élèves par classe, parfois plus de 40, n'est pas un handicap. Les analyses comparatives de l'OCDE montrent que les performances des classes homogènes de 25 à 30 élèves sont meilleures que celles de 15 à 20 élèves. Le slogan " diminuer les effectifs des classes et tout ira mieux " est donc nocif et dangereux. A titre d'exemple, nous étions 38 à notre sortie de rhéto, l'un est devenu Recteur de l'UCL, un autre conseiller à la Cour de Cassation, d'autres médecins, ingénieurs, avocats, chefs d'entreprise, officiers supérieurs et j'en passe.
- En survalorisant la formation initiale par rapport à la formation continuée, on ne fait qu'accentuer les inégalités sociales de départ. Les enseignants sont les premiers bénéficiaires d'un tel système car ils profitent d'un véritable délit d'initié ; leurs enfants représentent aujourd'hui plus de la moitié des champions reçus dans les quatre grandes écoles analysées.
- D'après le Collège de France dans un rapport de 1985 au Président de la République, " les incapables scolairement garantis dominent outrageusement les compétents scolairement démunis dans la recherche d'un emploi et la progression sociale " ce qui a pour conséquence que 40% des créateurs d'entreprises sont des chômeurs contre 5% des diplômés de l'enseignement supérieur et des grandes écoles.
- L'inégalité scolaire naît dans l'inégalité sociale mais la meilleure manière de la combattre est de favoriser le développement du système de pensions pour retirer pendant leur travail scolaire les enfants qui ne peuvent trouver ni chez eux ni dans leur quartier le soutien nécessaire à leurs études.
- Il faut développer l'enseignement en alternance et l'enseignement pratique.
- Il faudra réhabiliter l'image et le statut social et financier de certains métiers dévalorisés et mal rémunérés; au Danemark, les maçons sont aussi bien considérés et presque aussi bien payés que les médecins. Conclusion : on ne manque pas de maçons et l'on n'a pas trop de médecins.
- Il faut intensifier le recrutement d'enseignants à temps partiel et à temps plein avec expérience professionnelle, notamment de cadres et de techniciens de plus de 50 ans, particulièrement pour les disciplines techniques, la gestion et les langues. Cela permettrait d'ailleurs un meilleur renouvellement du cadre professoral souvent fatigué par de trop longues années d'enseignement.
En résumé, il faut faire exactement le contraire de ce que nous proposent les écolos et la FGTB. Il faut donner à chacun l'occasion de développer au mieux ses propres potentialités et adapter l'enseignement aux caractéristiques et aux besoins de la société.
2 septembre 2003