LE PROCES ADECCO/RTBF A PROPOS DU SPOT "STRIP-TEASE" ET SES CONSEQUENCES ETHIQUES ET MORALES

Après avoir diffusé une première fois ce spot, la RTBF avait décidé d'en arrêter la diffusion suite aux réactions très négatives des téléspectateurs.
ADECCO décida donc de s'adresser en référé au Tribunal de première instance pour obliger la RTBF à en poursuivre l'émission.

Le Juge chargé de l'affaire, sur base d'un jugement très bien charpenté, ordonna la poursuite de la diffusion tandis que le Jury d'éthique publicitaire recevait plus de 300 plaintes l'accusant notamment de ne rien faire ou de le faire trop tard. Pourtant, très rapidement celui-ci avait demandé à la RTBF de suspendre l'émission de ce spot.

Le juge écarte l'argumentation de la RTBF parce qu'elle l'avait diffusé une première fois et qu'elle ne pouvait pas prendre de décisions arbitraires. Tout comme l'agence de publicité qui ne l'avait pas fait, elle aurait pu demander l'avis préalable du Jury d'éthique publicitaire.

Il ajoute : " Quant aux règles d'éthique publicitaire édictées par le JEP, produites par les parties, elles s'inscrivent dans un système d'autorégulation au sein de la profession des publicitaires mais ne peuvent s'imposer à la RTBF ".

Autrement dit, la RTBF, comme les autres médias, peut s'engager à respecter les décisions du JEP mais ces décisions ne doivent pas être respectées. C'est exactement comme les serments des juges et des avocats, c' est une cérémonie sans engagements et sans lendemains.

Sa deuxième argumentation est heureusement plus sérieuse :
" Si le JEP a, dans un premier temps et sans attendre les arguments de la demanderesse, recommandé l'arrêt de diffusion du spot, ladite décision n'était pas non plus définitive. En tout état de cause les objectifs-parfaitement respectables-du JEP sont étrangers à l'éthique dans le chef de la RTBF ".

Autrement dit l'éthique de la RTBF n'est pas la même au point de vue publicité que celle du JEP ; j'aimerais qu'on m'explique.

Malheureusement, suite à ce jugement, le jury a dû renoncer à se faire encore l'arbitre du mauvais goût et de l'éthique publicitaire* pour ne plus conserver que son rôle de conseil en matière de concurrence déloyale et de l'application des législations propres aux différentes professions comme de l'interdiction de parler de vitesse dans les spots pour les voitures. Ce qui apparaît tout de même effarant, c'est qu'un juge puisse obliger un média à publier une publicité qui heurte ce même média et une partie importante de sa clientèle.


* Il faut dire qu'effectivement juger encore de l'éthique en Belgique est très difficile et qu'il n'y a plus aucune limite au mauvais goût.
Ainsi, quand vous proposez de mettre les voleurs en prison, tout le monde se sent visé. Rappelons-nous la phrase d'Henri Simonet, père de Jacques : "S'il faut appliquer la Charia en Belgique, il n'y aura plus que des manchots."